My DrNatura Experience

 

"L’homme supérieur pense toujours à la probité ; l’homme du commun pense au confort." Confucius.

"Le confort est la seule chose que notre civilisation soit capable de nous donner." Oscar Wilde.

Lorsque je suis arrivée dans ce pays, il y a vingt-cinq ans, j’ai passé la première année à Los Altos à jouer à la gouvernante pour Paul, mon sponsor. Il possédait plusieurs maisons mais, pour une raison inconnue, préférait habiter dans un « condominium». En y repensant, et bien que cher, le condo se trouvait dans un de ces complexes sans caractère que l’on trouve partout aux US : deux chambres, deux salles de bain, double salon et fenêtres à glissière, il avait une cuisine complètement équipée, une machine à laver avec séchoir, un chauffage et air conditionné par air propulsé et… Une moquette beige partout sauf dans les salles de bain et la cuisine, elles-mêmes recouvertes de linoléum blanc-cassé. Ayant grandi dans une maison plus ancienne avec carrelage au ré de chaussé et parquet à l’étage supérieur, une moquette représentait pour moi la quintessence du luxe : pas besoin de chaussons, chaude et agréable toute l’année, assez confortable pour s’y vautrer avec un bon livre, j’étais aux anges.

Comme je l’ai mentionné plus tôt, Paul avait deux chats, tous deux habitués à passer beaucoup de temps dehors. Il possédait aussi un bar et une agence de voyage qui, à l’époque, organisait tous les voyages d’un client célèbre : les 49ers, l’équipe de football de San Francisco. En tant que membre du Booster Club de Stockton, Paul qui était un « fan » les suivait partout où ils jouaient et s’absentait donc plusieurs semaines par mois, me laissant seule à m’occuper des chats et du bar. De plus, mon boulot à l’agence consistait à aller livrer les billets d’avions à des entreprises et  des particuliers, ce qui m’a permis de rencontrer pas mal de footballeurs tels que Joe Montana, Jerry Rice et Dwight Clark (pour lequel j’avais d’ailleurs un sérieux penchant…)

Durant l’un de ses nombreux voyages, un soir de septembre 82, quand la température est encore très élevée et les jours raccourcissent, je suis retournée à l’appartement vide, heureuse de pouvoir passer une soirée tranquille et solitaire devant la télé, impatiente de goûter à la liberté de choisir mon programme. L'appart' n’avait pas de plafonnier : en entrant, il fallait que je fasse plusieurs pas pour aller allumer la lampe installée sur le meuble télé monumental en chêne. Je me souviens clairement que je portais un pantalon blanc et des sandales, comme à l’accoutumée. J’ai allumé la lumière et ai dirigé mes pas vers la cuisine. Un des chats miaulait et je me suis penchée pour le caresser. Ce faisant, j’ai vaguement aperçu des points noirs sur le bas de mon pantalon et sur mes pieds. Je les ai secoués en me disant que c’était de la poussière ou du pollen ramassé dehors et ils sont partis. J’ai nourri les chats et commencé à préparer mon dîner, après quoi je suis retournée au salon pour le poser sur la table à café et me vautrer sur le canapé, les pieds sur le rebord de la table, la télécommande en main. La lumière de l’écran est tombée sur mon pantalon et sur mes pieds et j’ai revu des douzaines de ces points noirs. Seulement maintenant, ils bougeaient ! J’ai approché ma main et ils ont disparu. D’un seul coup, j’ai compris : des puces ! J’ai posé un pied par terre : couvert. J’ai paniqué. J’ai bondi du canapé et couru dans tout l’appartement en secouant les jambes et probablement en hurlant pour réaliser qu’il y en avait absolument partout sauf dans les salles de bain et la cuisine. Elles étaient dans la moquette !

Il fallait que je fasse quelque chose mais je ne savais pas quoi : seule dans le condo, mes pieds nus maintenant bouffés aux morsures, j’ai vite mis des chaussettes dans lesquelles j’ai enfoui le bas de mon pantalon et je suis montée sur les meubles, sautant de l’un à l’autre pour aller décrocher le téléphone. Aux US depuis moins de six semaines, pratiquement incapable de parler anglais, j’ai frénétiquement appelé Ingrid, la seule personne avec laquelle je puisse communiquer. C’était une Autrichienne que j’avais remplacée comme gouvernante chez Paul et qui travaillait à l’agence de voyage : elle me servait d’interprète auprès de lui pour pratiquement toutes nos conversations. En un rien de temps, elle est arrivée et m’a trouvée debout sur le canapé, l’assiette dans les mains, en train de finir mon dîner. Elle a fait un pas dans l’appartement, a vu des centaines de puces sur ses pieds et d’un bond, a sauté sur la table à café d’où elle a appelé les renseignements (l’annuaire était hors de porté, sous la télé) pour obtenir le numéro d’un exterminateur. Je me reverrai toujours, debout sur le sofa, pliée en deux de fou rire, en attendant de savoir ce qu’il en était.

En raccrochant, elle m’a rapporté sa conversation avec l’exterminateur : c’était bien la saison des puces, quand les œufs éclosent, et d’après lui, le condo devrait probablement être fumigé ce qui voulait dire qu’il faudrait attraper les chats et les emmener chez le vétérinaire pour qu’ils soient désinsectisés si nous ne voulions pas qu’ils tombent grièvement malades. Il faudrait aussi abandonner l’appartement pendant plusieurs jours. Quelques temps plus tard, le gars a sonné. Il a confirmé le désastre et nous a donné un cours sur les puces : parasite suceur de sang, la puce peut faire des bonds de 150 fois sa taille. Elle vit sur son hôte (chien ou chat) pendant un mois durant lequel elle pond 2000 œufs. Les œufs tombent sur la moquette où ils éclosent et libèrent des larves. Dans les mois qui suivent, ces larves sautent sur l’animal pour de brefs repas et retournent dans la moquette avant d’atteindre la taille adulte. En fait, même si nous ne l’avions pas remarqué, la moquette était infestée depuis plusieurs mois et les chats les avaient transportées dans tout l’appartement.

D’après l’expert, c’était l’infestation la pire qu’il ait jamais vue. Des mesures extrêmes s’imposaient et remédier à ce problème exigeait qu’il utilise des produits chimiques puissants dont il fallait qu’il imprègne la moquette et que nous devrions laisser agir pendant le temps nécessaire pour qu’ils détruisent les œufs et les larves. En deux mots, je devrais déménager pendant une semaine. Heureusement, Ingrid avait une chambre d’ami. Il faudrait que je lave tout ce que j’emporterais pour empêcher que les œufs qui, sans aucun doute, y étaient attachés, ne tombent sur sa carpette, ce qui pourrait recommencer une autre infestation chez elle.

Alors que je faisais vite fait mes paquets, le gars s’est mis au boulot dans la chambre de Paul. Un masque sur le nez, il s’est assuré que toutes les fenêtres étaient hermétiquement fermées et les penderies béantes. Il a ouvert deux bombes desquelles est sorti un gaz qui s’est répandu dans la pièce. Il est sorti et a fermé la porte pour recommencer dans la pièce suivante. Je me souviens que je le regardais, sans masque, sans même penser que ce devait être sacrément toxique pour agir à l’intérieur d’une moquette pendant une semaine.

Les chats dans leur cage, mon sac en main, Ingrid et moi avons attendu que le gars finisse et qu’il nous donne d’autres instructions : à mon retour, je devrais épousseter tous les meubles, aspirer toute la moquette et faire traiter les chats régulièrement. Le problème devrait alors être résolu. Inutile de dire que Paul n’était pas heureux de devoir passer quelques jours chez sa mère. Nous nous sommes soumis et tout est rentré dans l’ordre. J’ai quand même pris l’habitude d’observer mes pieds quand j’étais dans l’appartement, juste au cas. Peu de temps plus tard, j’avais oublié l’incident et j’ai recommencé à me vautrer par terre sans penser que la moquette, imprégnée de ces produits chimiques qui devaient être incroyablement puissants pour pénétrer dans les œufs et tuer les larves enfouies dans la fibre, n’avait jamais, en fait, été nettoyée ; chaque fois que j’y marchais pied nu, ces produits devaient aussi pénétrer ma peau. Pendant les neuf mois suivants, je me suis roulée sur cette moquette sans jamais y réfléchir.

Je n’ai réalisé à quel point une moquette même sans taches visibles pouvait être insalubre qu’après la naissance de ma fille. A cette époque, j’avais déménagé dans un autre condominium sans caractère, avec le même genre de carpette beige et de linoléum sur lesquels nous marchions sans différence pieds nus ou chaussés, rapportant de dehors toutes sortes de saletés. Je l’ai fait shampouiner une ou deux fois à cause de taches et j’ai commencé à être mal à l’aise à l’idée que le shampoing y séchait sans jamais être rincé. Ça me semblait malsain. J’ai aussi commencé à me demander qui d’autre y avait marché et quelles maladies de peau ils auraient pu avoir. Est-ce que le shampoing était vraiment efficace ? Etait-il toxique à long terme ? Je me suis dit qu’une moquette était l’assiette de Pétri par excellence et que le confort qu’elle apportait n’en valait peut-être pas la peine. A cette époque, on trouvait ces moquettes absolument partout : la plupart des maisons avaient une vingtaine ou une trentaine d’années et étaient construites vite fait, mal fait. Le plancher était en contreplaqué, d’où la moquette pour le cacher.

Après m’être installée sur la côte est, j’ai trouvé un appartement dans une maison très ancienne. Il avait une moquette dégoûtante qui avait fait son temps et que je me suis empressée de virer (sans demander l’avis de mon propriétaire), ce qui a soulevé des nuages de terre et de poussière. J’ai poncé et verni le parquet en pin et en chêne, ce qui m’a donné la satisfaction de savoir que je pourrais désormais le laver à grande eau. L’appartement est tout de suite devenu plus froid mais, pour moi, c’était un inconvénient moindre : le froid serait toujours plus sain que la poussière dans un endroit hermétique. Le fait que ma gamine n’ait été que rarement malade me donne raison. Ce qui est intéressant, c’est qu’elle n’a jamais eu d’asthme, à l’inverse de bon nombre d’enfants de sa génération et la question d’une corrélation entre la moquette et les maladies respiratoires se poserait donc. Le sens commun tendrait à le suggérer.

Récemment, j’y ai pas mal pensé : nos bureaux ont des moquettes tout comme nos voitures et dans pas mal de maisons, les gens ne veulent pas s’en priver. Les fabricants et les installateurs de moquette font fortune et on en trouve de toutes couleurs et tous motifs. Chaque fois qu’on shampouine une moquette, elle reste humide pendant plusieurs jours et je me souviens que lorsque j’ai retiré la mienne, certaines parties du dessous étaient recouvertes de fongus gris. Non seulement elles retiennent la poussière et la saleté mais elle favorisent aussi le fongus. On a récemment découvert que les fongus étaient responsables de l’augmentation des maladies respiratoires chez les enfants et les personnes âgées et les allergies ont atteint des proportions sans précédent : il y a cent ans, une personne sur 30 s’en plaignait. De nos jours, le nombre est passé à 1 sur 3.

En 1910, quand le nom «allergie» a été inventé, on la considérait principalement typique à la classe riche qui passait peu de temps en plein air et dont les maisons incarnaient le  «raffinement» : tentures lourdes autour des portes et des fenêtres, larges tapis recouvrant les parquets, fumée de cigare emplissant les bibliothèques et les parloirs contribuaient à un air malsain et poussiéreux. Alors que le niveau de vie général augmentait, les gens ont répliqué ce qu’ils estimaient être riche et chic. Il faut se demander si l’échange en valait le prix. Ces 50 dernières années ont aussi vu l’apparition de l’air conditionné, devenu standard dans toutes les nouvelles constructions : lorsque l’air refroidit, il se condense et dépose de l’humidité sur le sol. Cette humidité imprègne les moquettes où elle favorise les fongus. Beaucoup de salles de bains et de cuisine n’ont plus de fenêtres : une hotte ou un ventilateur aspire la vapeur crée par les liquides qui bouillent ou les douches chaudes. Il en reste cependant toujours une quantité suffisante pour qu’elle se dépose sur les murs et les carrelages, où elle promeut les fongus.

Ce que je trouve remarquable est que, depuis quelques années, il y a une explosion dans la vente des purificateurs d’air dont la plupart marchent à l’électricité et dégagent dans l’air ambiant des quantités d’ozone nuisibles. Ces purificateurs sont loin d’être gratuits : un bon modèle coûte entre $700 et $1,500. Ils agissent bien mais à quel prix à long terme ? C’est un phénomène relativement récent et, de la même façon qu’il nous a fallu un siècle pour comprendre la relation entre les allergies et les moquettes, il est fort possible qu’on réalise un jour que les purificateurs d’air nous font plus de mal que de bien.

Il me semblerait que nous nous essayions de résoudre nos problèmes en dépit du bon sens : plutôt que d’ajouter à nos habitations des appareils électriques chers qui augmentent notre consommation d’énergie et notre exposition au courant électrique, nous nous sentirions peut-être bien mieux en commençant par en retirer ce que nous savons nous être nuisible, nous embarquer sur la voie de détoxication de DrNatura et retourner à un mode de vie plus simple. Je sais que c’est ce qui a marché pour moi. Et la façon dont je vois les choses, vivre dans ce confort aujourd’hui peut, en fait, coûter notre qualité de la vie dans un futur proche. Je ne prône pas que nous tournions le dos au progrès. Je crois simplement qu’il est temps de choisir quel progrès nous voulons embrasser. Et jusqu’à présent, une grande partie de ce que nous appelons « progrès » s’est révélé pas mal préjudiciable pour notre santé.

Vous avez besoin d’un coup de main pour virer votre vieille moquette poussiéreuse et insalubre ?

Je rigole…

Christine
CBrightlife@aol.com